On entre dans la maison comme s'il n'y avait personne. En passant devant la cuisine, de la porte entrebâillée, on voit un évier mal rangé ; sur la table du salon, une carte postale. Sur la carte : un ciel bleu, un endroit de vacances ; de l'autre côté au verso, quelques mots qu'un ami adresse comme une pensée qu'il laisse d'où il est.
On revient vers l'entrée pour monter l'escalier intérieur qui mène à la chambre ouverte. En entrant, en face, il y a un bureau, et sur le bureau, une vieille enveloppe est posée. Sur le sous-main, une lettre jaunie dépliée ; on reconnaît une écriture masculine ; en haut à droite, on peut lire le début d'une date dont la fin se dilue dans une marque d'eau séchée depuis longtemps : le jour, le mois, un '1', un '9', les deux derniers chiffres coulent en bleu sur le jaune. Aux pliures, la lettre fine se déchire ; un homme parle à sa femme : il lui dit que tout va bien, qu'il la rejoindra dès qu'il pourra, quand il aura retrouvé la trace de son frère qu'il a perdu.
Tout près du bureau, sur le fauteuil, assis, l'homme est là, les yeux fermés, un livre dans la main.
Dissimulé dans un recoin en sous pente : un lit défait.
On sonne. Il s'essuie le visage, regarde sa montre et descend. Il ouvre la porte : c'est Vincent, il le salue. Les deux amis s'embrassent.
« Ça fait deux mois qu'on s'est pas vu, il faut que je passe pour avoir de tes nouvelles. Tu me fais la gueule ?
- Non ! », ils échangent un sourire.
Hugo prend une bouteille de whisky qu'il pose sur la table du salon, sur la carte, et deux verres qu'il remplit ensuite.
« Elle n'est pas là ? demande Vincent.
- Non, elle ne rentre pas ce soir.
- Tout va bien ?
- Oui, ça va. », répond-il.
Peu à peu, leur conversation s'anime autour de leurs récentes lectures, leurs activités réciproques; ils se retrouvent, ensemble comme s'ils ne s'étaient pas quittés ; le vin aide aussi à déposer les armes de la solitude.
« On mange ensemble ? », propose Vincent.
Tout en continuant leur discussion, ils sortent. Dans la rue, s'éloignant progressivement de la maison, plus rien ne compte pour eux que leur présence respective.
Hugo laisse derrière une carte postale qui n'a jamais été envoyée, une lettre sur laquelle probablement une femme a pleuré ; dans la chambre, une armoire vide.

